J’ai failli pleurer, j’ai eu peur

Article : J’ai failli pleurer, j’ai eu peur
21/08/2020

J’ai failli pleurer, j’ai eu peur

Paroles d’une victime.

Depuis un moment je donne la parole aux victimes de viol dans la catégorie/rubrique « Invité » de mon blog. Abandonnées à elles-mêmes, les victimes n’ont pas d’issue. La police s’en fout, il faut bien que quelqu’un en parle afin que nul ne l’ignore et aussi pour que le monde considère le viol comme le stade suprême de la barbarie. C’est l’histoire d’une jeune fille à Paris qui a vécue une tentative de viol dans le métro. Elle s’est confiée à moi. Séduit par son profil, j’ai décidé de partager son témoignage émouvant sur mon blog.

J’ai rencontré il n’y a pas longtemps Emmy, une jeune fille de 22 ans. Elle vit à Paris depuis près de 6 ans . Emmy est étudiante en master de l’enseignement, spécialité anglais. Elle est passionnée de musique et de lecture. Elle est ouverte et  pleine de potentiel. Elle me raconte une tentative de viol dont elle a été victime dans le métro de Paris. Séduit par son profil, je lui ai demandé d’écrire un billet pour son témoignage dans la rubrique « invité » de mon blog.

Emmy : Ce qui m’est arrivée la nuit du 18 août 2020 est horrible. En effet vers environ 23 h, je prenais le métro sur la ligne 13 de Saint Denis en direction de Paris pour rentrer chez moi. Dans un premier temps je me suis assise dans un wagon presque vide, très vite celui-ci s’est rempli exclusivement d’hommes. Me sentant mal à l’aise j’ai donc décidé de changer de wagon, pour un complètement vide (à défaut d’en trouver un avec une femme à l’intérieur).Nous passons une première station, puis une deuxième, trois jeunes garçons (entre 17 et 19 ans) sont entrés dans mon wagon, dans un premier temps ils étaient à l’autre bout puis j’imagine qu’ils m’ont ensuite remarquée et sont venus m’aborder. D’entrée de jeu l’un d’eux me tapote l’épaule en me demandant mon prénom, un autre s’assoit en face de moi et le troisième reste debout au niveau de la porte de la rame la plus proche de nous.

Ligne 13 du métro de Paris .
Crédit photo: @Emmy

J’ai tout de suite compris qu’il se passait quelque chose de malsain. Celui qui est assi face à moi s’empresse de me tapoter plusieurs fois la cuisse pour m’embêter, celui à mes côtés ne cessait de me poser un tas de questions : « Quelles sont tes origines? », « comment tu t’appelles? », « enlève ton masque je veux voir ta tête », il m’importunait tellement que dans un premier temps je n’avais même pas remarqué que celui en face de moi commençait à me toucher la cuisse de manière inappropriée. Je leur ai alors dit de me laisser tranquille que je n’avais pas vraiment envie de parler, celui à mes côtés m’a alors chuchoté dans l’oreille qu’il ne sait pas à quoi je pense mais qu’il n’avait pas l’intention de me faire du mal, tout en rigolant. Tout de suite après il m’a retiré mon masque de force pour voir à quoi je ressemblais, celui en face de moi m’a ensuite demandé « comment tu fais pour avoir des seins aussi gros » puis il a insisté plusieurs fois en répétant ceci pendant que les autres me dévisageaient salement du regard. Celui à mes côtés continuait de me toucher le bras à sa guise.Le temps me paraissait long. D’une station à l’autre, j’ai vraiment cru qu’ils allaient me faire plus, j’ai sérieusement commencé à avoir peur j’ai commencé à avoir les yeux mouillés je voulais clairement pleurer mais pas devant eux. Mon cœur battait très fort et je ne savais plus quoi inventer  pour qu’ils me laissent tranquille, arrivés à la prochaine station je saisis l’occasion que l’espace soit libre entre mon siège et la porte de la rame et j’ai changé de rame pour celle d’à côté ou entre temps plusieurs personnes étaient entrées dont un couple.

Les jeunes me suivent aussi, je me suis donc assise face à ce couple en leur expliquant la situation, j’avais le cœur qui battait et à ce moment-là j’avais vraiment du mal à leur expliquer, je sentais que je voulais vraiment pleurer, je leur ai demandé où ils descendaient mais ils descendaient vraiment trop loin de chez moi et je craignais que les jeunes me suivent jusque-là, je n’aurai pas su comment m’en sortir. Cependant ils m’ont pris avec eux le temps de mon trajet, les jeunes se sont ensuite rapprochés de nous et sont venus s’asseoir à mes côtés (deux sièges étaient libres) ils ont continués à me déranger jusqu’à ce que la femme prenne ma défense. Ils ont alors compris que je les avais « dénoncés » ils ont donc commencés à m’insulter de pute, de salope, me dire que j’allais le regretter , puis ils sont descendus à la station suivante.

A la  Station d’après ils sont revenus et en remontant dans  le même wagon ils ont criés « nous revoilà » ! je comprends donc qu’ils étaient descendus à la station précédente et ont couru jusqu’à la prochaine pour remonter ensuite me déranger. J’ai fini par descendre du métro et quand ils m’ont vu, il était trop tard. Lorsque je suis rentrée j’ai fondu en larmes, j’ai eu peur de me faire toucher davantage ou même violer. Quelques semaines plus tôt je m’étais déjà faite frappée dans ce métro pour le vol de mon téléphone. Depuis ces deux incidents je ne suis pas du tout sereine dans les transports, j’ai peur des groupes, des personnes seules, des hommes surtout, je ne sais pas à qui faire confiance, même dans la rue quand je passe devant des groupes de jeunes mon cœur bat et j’espère juste qu’on me laissera passer tranquille.

Kenfack Dirane : As-tu appelé la police?

La police ne fait pas grand-chose. Lors de mon vol de téléphone et ce malgré le fait que je me sois faite frappée ils n’accordent pas tellement d’importance à la recherche du suspect ils vous font rapidement comprendre que c’est peine perdue et qu’il faut passer à autre chose. On se sent en danger… J’ai raconté mon histoire, mais plusieurs personnes m’ont dit que je n’avais pas à être dehors aussi tard si je ne travaillais pas ou alors que je devais obligatoirement être accompagnée ou bien ne pas sortir après 20 h… C’est hallucinant. Ils estiment que c’est moi le problème et non pas ces hommes.

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Commentaires

Dr K.
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franchement c'est hallucinant ce que les gens peuvent se permettre des fois. Pour eux c'est juste un jeu, un petit enquiquina, mais pour la femme qui vit cela, c'est un traumatisme. Surtout quand on tente de minimiser la chose. Il n'imagine pas le sentiment d'insécurité et le manque de confiance envers la gent masculine que cela peut provoquer. Désolée que Emmy ai eu a vivre cela. On ne peux pas toutes être toujours accompagnée d'un homme pour dissuader les mal élevés; donc si tu peux, arme toi d'une bombe à poivre pour la prochaine fois où tu seras amenée à reprendre le métro. Courage.

Kenfack Dirane
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effectivement. Cette histoire de viol est le résultat d'une société en état de décrépitude.