15/09/2020

Um Nyobe : 62 ans après sa mort, ce que l’on retient

Avenue Um Nyobe à Douala-Bonapriso.
Crédit photo: Kenfack Dirane

Le travail de mémoire

Le 13 septembre 1958, le Mpodol (porte-parole), le nationaliste camerounais Ruben Um Nyobe  était assassiné sous les balles de l’armée coloniale française. Son seul crime, avoir réclamé l’indépendance, la réunification du Cameroun et dénoncé les abominations coloniales. La parution du livre  Leaders assassinés en Afrique Centrale 1958-1961 tente de comprendre comment les nationalistes, bien que disposant de peu de moyens ont pu affronter les troupes d’occupation avec dévouement. Um Nyobe en fait partie. Ce nationaliste  s’est opposé au colonialisme, au tribalisme, à son instrumentalisation par le colon et son usage comme arme de division.

De la brousse où Um Nyobe fut abattu jusqu’au village de Liyong où les paysans l’identifièrent, on traina son cadavre dans la boue. Cela le défigura(…).

Histoire du Cameroun.
Le travail de mémoire effectué par l’historien camerounais Achille Mbembe sur le nationalisme et la répression au Cameroun
Source @Histoire du Cameroun




Mongo Béti de son vrai nom Alexandre Biyidi, écrivain camerounais a apporté sa part de contribution à ce travail de mémoire.
Source: @Histoire du Camero
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  J’ai assisté au moins à deux meetings de Um Nyobe à Yaoundé Mokolo, quartier des fonctionnaires. (…) toute la nuit, il nous a fait un cours de marxisme, très détaillé parce que nous étions des lycées. Il nous disait : c’est vous qui prendrez la relève(…).

Mongo Béti

La dimension historique

L’indépendance du Cameroun a été volée par la France. Oui, c’est un fait ! Cette indépendance a été volée aux nationalistes. L’héritage nationaliste a été confisqué par le colon avec la complicité des dirigeants illégitimes attachés à l’héritage colonial. C’est pourquoi le travail de mémoire est assez difficile  et la lutte de ces héros a été longtemps niée.

Les militaires français ont participé à un vrai génocide au Cameroun .En deux ans, l’armée française a pris le pays bamiléké du sud jusqu’au nord et l’a complètement ravagé. Ils ont massacré 300 000 ou 400 000 bamiléké(…) .Les villages avaient été entièrement rasés. 

Max Bardet, pilote d’hélicoptère de l’armée française.
La statue de Um Nyobe érigée le 22 juin 2007 à Eseka
Crédit photo: Kenfack Dirane

 Le Cameroun abrite sur son sol les statues des colons et des esclavagistes, les rues dans les villes du Cameroun portent les noms des criminels de guerre français, ce qui constitue une insulte pour la mémoire des héros et du peuple camerounais. Des efforts sont faits pour restaurer la conscience historique du Cameroun et de restituer la vraie et totale histoire du Cameroun. Ce travail est non sans entraves. Le camerounais André Blaise Essama s’est donné pour mission de détruire les monuments coloniaux et d’enlever les noms des colons aux rues du Cameroun. Ce travail de décolonisation l’a mené plusieurs fois en prison, mais n’a pas arrêté son dévouement. La persécution des historiens et aussi des activistes est un élément qui atteste que les dirigeants illégitimes dont le souci est de préserver l’héritage colonial veulent toujours confisquer l’héritage nationaliste pour empêcher une prise de conscience collective et un renversement de l’ordre néocolonial. La France s’est engagée à ouvrir les archives consacrées aux crimes de guerre qu’elle a commis au Cameroun, mais peut-on faire confiance à l’occupation ? L’ouverture des archives peut-elle permettre de faire la lumière sur cette guerre ? Les camerounais attendent que l’histoire du Cameroun soit restituée dans sa totalité et dans sa véracité. Tant que les nationalistes ne feront pas partie intégrante de l’histoire du Cameroun, tant que toute la lumière ne sera pas faite, tant que la France ne se repentira pas pour ses crimes, les camerounais ne pourront pas être souverains et resteront toujours en rupture avec leur mémoire. Il revient aux camerounais d’exiger des réponses à la France et de prendre des mesures coercitives.

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